Message d’ouverture Pierre Zwahlen, Parti socialiste vaudois

Député président de la commission de solidarité internationale
 
 
Lausanne, 23 mars 2012

Mesdames, Messieurs,
Cher-e-s ressortissantes et ressortissants colombiens, Ă  vous tous ami-e-s de la Colombie,

Permettez-moi d’abord de féliciter les organisatrices et organisateurs pour l’initiative de cette encontre pour la paix et une solution politique en Colombie, au nom des socialistes vaudois.

Cette rencontre, vous la convoquez à un moment important de l’histoire de votre pays. Les derniers mois ont connu des appels au dialogue, à la recherche de la paix comme rarement auparavant. Tant du gouvernement que des principaux milieux insurgés. L’un des plus vieux conflits du monde trouvera-t-il une issue enfin, après bientôt 60 ans de combats, de massacres, de cruautés immondes ?

Beaucoup d’entre vous, représentant-e-s de la diaspora colombienne, désirez contribuer aux solutions de demain, approfondir les voies possibles de tractations très difficiles, inspirer l’espoir, nourri peut-être de votre expérience personnelle des Etats où vous résidez. Vous savez mieux que personne combien l’immense majorité, vos proches restés au pays, veulent en finir avec la guerre.

Mais comment faire, quand tant de haine s’est accumulée durant des décennies de tous côtés ? Comment s’y prendre, quand les familles portent presque chacune les deuils, les blessures physiques - et plus encore mentales - des violences exacerbées ? Par quoi commencer, quand les méfiances mutuelles sont si fortes, imprégnées des mensonges et des trahisons passées ?

Vous osez le mot dialogue - bravo - quand chaque partie au conflit n’a jamais vraiment écouté l’autre, pour préserver ses intérêts stratégiques, idéologiques ou criminels. Oui, il faudra rappeler souvent que le vrai début de solution, c’est l’écoute de l’adversaire, la reconnaissance de ses douleurs immenses, la considération des victimes, la compréhension des revendications de l’ennemi. Négocier la paix, toutes les parties y perdront quelque chose : des territoires où l’on régnait en maîtres, des positions hiérarchiques, des ressources commerciales, etc. Le gouvernement comme les insurgés devront céder des conquêtes, des dominations. Ils devront abandonner des prérogatives, pour viser la paix et la justice sociale auxquelles aspirent les gens.

J’étais en Colombie il y a deux ans, dans le Cauca et le Bolivar. J’ai entendu de nombreuses personnes, qui entendaient à raison défendre leurs droits, face à tant d’exactions. Trop court, mon séjour ne m’autorise pas à juger. Tout au plus à dire la beauté du pays, la détermination et le courage de ses habitants, la magnifique diversité des populations : indiennes des Andes, afro-colombiennes, blanches ou métissées.

La paix ne saurait être laissée aux seuls négociateurs. Elle est déjà portée par d’importants secteurs de la société civile : des organisations autochtones, paysannes, syndicales, des ONG de coopération ou d’Eglises, des groupes de femmes, pour les droits humains, etc. Leur réseau, leur mobilisation influenceront largement un futur accord et la solidité de la paix conclue.

La paix ne se complote pas. Ceux qui négocient doivent se savoir sous surveillance de la société civile. Il s’agit de répondre au besoin de tranquillité et de justice du peuple colombien.

Très modestement, permettez d’évoquer quelques pistes, avec la candeur que peut avoir le citoyen que je suis, de ce côté de l’Atlantique. Vous aurez le temps d’en débattre, de compléter, de nuancer.

Tous les camps comptent des narcotrafiquants. A la différence des leaders qui ont dit chercher le dialogue, les narcotrafiquants ou les bandes criminelles émergentes (bacrim) doivent être poursuivis encore et encore. Il faut terrasser ces mafias, de quel bord qu’elles soient à l’origine.

Les solutions politiques passent par la reddition de toutes les armes, sous contrôle mixte (insurgés, autorités, société civile). Ex-soldats et anciens guerriers bénéficieront de programmes de formations, de réintégration sociale et professionnelle, tenant compte des erreurs commises antérieurement. Le retour des personnes déplacées par les conflits doit être favorisé, en soutenant la reconstruction des infrastructures communautaires. Les autochtones, les ethnies diverses disposeront de la reconnaissance et de l’égalité des droits. Une réforme agraire redistribuera aux paysans petits et moyens les terres de subsistance nécessaires. Le patriotisme colombien s’épanouira par les droits humains et la justice sociale.

C’est sans doute une vision qui doit nous porter. Mais prenons aussi garde aux surenchères. N’accumulons pas les conditions initiales, avant de commencer à parler avec l’adversaire. Ne rendons pas la négociation impossible, avant de l’avoir ouverte. Ecoute, patience au préalable, nous l’avons dit. Pire encore : être capable de se mettre à la place de l’ennemi, de saisir sa perception des réalités, pour pouvoir concéder ensuite.

Avant de terminer, un mot de la Suisse. Il y a des liens forts entre nos deux pays. Entreprises, ONG helvétiques, Comité international de la Croix-rouge s’activent en Colombie. Des exilés ou expatriés colombiens ont pris des responsabilités dans l’économie ou la recherche suisse. Nous sommes heureux du dénouement intervenu en faveur de Jean-Pierre Gontard. Le pouvoir judiciaire l’a non seulement blanchi en Colombie, il a aussi reconnu avec estime son travail d’intermédiaire impartial entre acteurs au conflit. Oui, la Suisse reste à disposition des parties pour faciliter les médiations souhaitées. Elle en a l’expérience, les personnes utiles, pour autant que les parties en sentent le besoin.

Gens et ami-e-s de la Colombie, nous faisons des vœux pour le succès de vos travaux durant ces trois jours. Qu’ils aident à rapprocher des points de vue extrêmes et opposés, qu’ils facilitent le respect nouveau des uns et des autres, qu’ils sachent activer les voies de la paix - pour la Colombie toute entière que nous aimons.